SCNTST

22 août 2013 | Categories: Chroniques | Posted by: Henri

Comme vos amis, comme votre voisin, comme votre sœur, comme moi, comme tout le monde, vous n’êtes pas contre le fait de lâcher un petit « Ha bon ? Tu connaissais pas ? » avec le ton de Super Connard quand vous faites découvrir un son à vos amis. Vous aimez ça, la supériorité musicale, le sentiment particulier que l’on éprouve : pour une fois tout a marché comme sur des roulettes. Vous le savez, maintenant c’est un peu « votre » son, ce n’est pas vous qui l’avez produit, mais aux yeux de la plèbe il n’y a que peu de différence et ce morceau sera toujours associé à votre personne. Vos amis le savent, ils n’oseront pas le poster sur leur mur, ils se sentiront obligés de dire que c’est vous, oui vous, qui leur avez fait découvrir. Et ça finira par les gonfler que vous passiez ce même morceau à toute les occasions qui se présentent pendant des mois, vous gargarisant ainsi de votre propre suffisance. En même temps, c’est vrai qu’il est sacrément bien ce morceau.

En deux ans, SCNTST a commencé à écouter de la musique électronique, a installé Ableton sur son ordinateur, a composé deux EP et a signé sur Boysnoize Records.

Avec SCNTST, il n’est pas exclu que vous réussissiez à nouveau ce coup de maître. SCNTST est un jeune Allemand de 20 ans. Issu d’une famille plutôt « cool », il traînait dans le milieu du skate quand il était petit. A dix ans, il était déjà le batteur du groupe de rock de son père. Et puis son destin a basculé quand il a vu Berlin Calling au cinéma en 2008. Mais pas « basculé » comme l’entendaient tous les adolescents hypes de l’époque :

« Nan mais tu vois ma vie a trop BAS-CU-LÉ depuis Berlin Calling, vraiment Paul K. il a une vie trop de ouf c’est tellement émouvant…Tu veux qu’on s’écoute Sky and Sand en fin de soirée ? Sur le canapé en fumant des Vogues et en réfléchissant à notre jeunesse désabusée. Et tu savais que c’était la voix de son frère dans la chanson ? ».

de-1014-293317-backAlors déjà Berlin Calling ne parle pas de la vie de Paul Kalkbrenner, connasse, et puis dans le cas de SCNTST le basculement a été un peu plus brutal. Plutôt que de passer à autre chose deux semaines après, il s’est dit « Je vais faire pareil que ce mec ». Vous pensez déjà, et c’est bien normal : « Oui, il est mignon ce petit plein de rêves… Allez, va faire des études ».

Pourtant en deux ans, SCNTST a commencé à écouter de la musique électronique, a installé Ableton sur son ordinateur, a composé deux EP et a signé sur Boysnoize Records. Au temps pour nous.

La musique de SCNTST est d’une maturité déconcertante, il la définit lui-même comme de la « Techno avancée ». Il faut rappeler qu’il a 17 ans quand il sort son premier EP sur Boysnoize Records, et qu’il en a aujourd’hui seulement 20. SCNTST marie des influences diverses, Techno bien sûr mais aussi Hip-hop et Drum and bass de façon très marquée dans son morceau Rythm Sticks par exemple. Parfois très dansante, voire fraîche et accessible, sa musique peut-être parfaite pour se déhancher l’été en fin d’après-midi, une bouteille de Smirnoff Ice à la main. C’est notamment le cas dans son EP gratuit Summerjam (plus disponible en téléchargement sur Soundcloud mais facilement trouvable via Google), qui permet à ce côté joyeux de s’exprimer tout en proposant une musique qualitative. SCNTST ne cède pas au démoniaque saxophone, cette sirène des temps modernes, si attirante, qui entraîne la deep-house dans les profondeurs du néant et ne la laisse plus s’échapper.

Ses deux premiers EP, à l’inverse, s’inscrivent plutôt dans une démarche agressive, les influences Techno et Electro-trash se répondant bien. L’EP est un succès et même si aujourd’hui ce style aurait eu plus de mal à s’imposer, nous étions en 2010 et l’Electro marchait encore très fort.

SCNTST jouit d’un succès certain, mais il ne se produit que très peu devant un public. Ce garçon transpire même l’humilité. Il vit encore chez ses parents, et déteste l’ambiance « club ». Sa dernière release a été faite sur le label de Modselektor : 50 WEAPONS, qui nous a gratifié de quelques brillantes sorties depuis sa création. Il s’agit d’un remix de l’excellent 010x de Benjamin Damage, tiré de l’album Heliosphere sorti plus tôt cette année. Le rythme est rapide et la construction audacieuse, variant entre sonorités techno, trip-hop, et house. C’est le genre de morceau que beaucoup de gens aimeront, qui fait une transition agréable avec de la techno plus virile. Vous allez peut-être surprendre tous vos amis.

 

.Henri.

 

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