Rone – Tohu Bohu

05 nov 2012 | Categories: Chroniques | Posted by: MiXiT

Une envie de chill ou d’aérien ? Vous êtes bien tombés, car tel est l’univers proposé par l’artiste Rone du prestigieux label Infiné qui a également produit des grands noms comme Agoria – un des fondateurs du label – mais aussi Apparat, Oxia, The Hacker, Clara Moto et tant d’autres que nous vous invitons à découvrir.

Derrière ses lunettes rondes, le parisien Erwan Castex de son vrai nom, n’a plus à nous prouver son génie. Son premier album Spanish Breakfeast (Infiné, 2009) fut un véritable succès révélant au grand jour le talent de sa composition « aérienne ». Rone est avant tout un artiste avec une palette de sons très riche, comme les notes de jazz enivrantes de La Dame Blanche, ou encore la douce subtilité de Belleville et Spanish Breakfast. Il aime faire le lien entre la musique et d’autres formes d’art, d’où sa fructueuse collaboration avec l’écrivain Alain Damasio dont est sorti l’hymne d’une jeunesse désabusée et rêveuse, Bora, ou encore son travail visuel dans ces clips avec son ami Vladimir Manouvia-Kouka.

Rone – Bora (feat. Alain Damasio) // InFiné
Rone – Spanish Breakfast (Videoclip realised by Vladimir Manouvia Kouka) // InFiné

Fort de cette notoriété, Rone nous avait porté le coup de grâce l’année dernière avec la sortie de son E.P. So So So. Un E.P. magistral tant par sa richesse de sons que par une remarquable construction. On s’était dit, enfin, sa musique atteint un équilibre parfait.  Car Rone, c’est un univers bien plus que de simples notes de musique, un univers si complexe qu’on le croirait presque magique…

Rone – So So So // InFiné

Voilà notre état d’esprit en abordant le très attendu Tohu Bohu, album sur lequel il travaille depuis plusieurs années. En manque d’inspiration sur Paris, Rone décide de s’exiler à Berlin pour retrouver ses sensations avec le son, pour retrouver du plaisir et de « l’amusement » dans ses productions. Il va trouver à Berlin la douceur du jour et le chaos de la nuit, un mélange qui fait depuis bien longtemps l’identité de la capitale germanique.

Mais Rone veut produire quelque chose de différent. C’est en effet ce que propose Tohu Bohu, une atmosphère qui rompt avec ce qu’on avait connu précédemment. Exit les rythmes techno, Rone s’accroche dans cet album à une IDM-électronica qui nous rappelle les release Warp des années 1990.

Pourtant, dès les premières secondes de cet album, un sourire nous échappe, Rone nous replonge dans cet univers qui lui est si propre, et qui fait sa riche singularité. Tempelhof – en écho à l’ex-aéroport de Berlin devenu un lieu de scène aussi obscur que mythique -. Rone laisse voler les sons, l’auditeur avec. Il le reprend progressivement sur Bye Bye Macadam, les notes de synthé courent à contre-temps, un sample de voix subtil, la basse downtempo est omniprésente mais peut-être un peu pauvre…

Certes, la magie ronesque semble s’opérer un peu sur le glitché Fugu Kiss, l’IDM-électronica de La Grande Ourse, ou sur un étrange mais savoureux Beast. Mais on ne peut cacher une certaine déception dans la construction des morceaux, un peu facile et candide. Il faut dire que le mec avait quand même placé la barre très haut !

Et puis, surprise ! Le morceau suivant Let’s go est le fruit d’une collaboration singulière avec le rappeur High Priest d’Antipop Consortium, une des figures de la scène hip-hop de ces dix dernières années. La touche « hip-hop », on aime ou on aime pas, mais il faut saluer le travail d’ouverture de Rone, il sort des sentiers battus, et se pose comme un artiste riche et polyvalent. Toutefois, selon nous, ce morceau s’insère assez peu aisément dans l’univers proposé par Rone.

On retrouve un peu l’atmosphère ronesque sur King of Batoofam, le rythme est rapide – fidèle à l’IDM – la mélodie est soignée. Rone tient son auditeur par les sons et les voix, le rythme n’a plus qu’à faire le reste. Et puis si Parade est peut-être le meilleur exemple de la candeur de cet album – on comprend d’ailleurs pourquoi il a été choisi pour être le « single teaser » de l’album -, la mélodie reste accrocheuse et enivrante, le rythme techno est de nouveau présent. C’est un hymne rêveur qui suscite plus de l’affection que de l’admiration… ce n’est pas un mal. Le travail réalisé sur le clip – réalisé avec son ami Vladimir Mavounia Kouka – est lui aussi à saluer, ce morceau s’écoute et se regarde.

Réalisé en collaboration avec le violoncelliste Gaspar Claus (fils de Pedro Solder et artiste chez Infiné également), le morceau Icare porte bien son nom, il est un vrai envol torturé et mystique qui aurait très bien conclu l’album, comme un morceaux de transition, de passage vers quelque chose de nouveau. Malheureusement, Rone retombe dans la candeur avec le charmant Lili… Wood.

C’est déjà la fin de cette escapade musicale aussi attachante que décevante par moments. À la manière de la pochette de son album, nous nous sentons comme l’enfant devant ce building onirique, l’impression de l’entendre, de le voir sans jamais vraiment réussir à y rentrer. Sur certaines nappes sonores, Rone parvient à nous faire entrer dans son univers mais ne nous laisse pas nous y installer…

Néanmoins, il faut toujours replacer les choses dans leur contexte. Rone est pour nous l’un des meilleurs producteurs de ses dernières années, il a pris des risques dans cet album qui plairont à  certains, et déplairont à d’autres. Telle est faite la musique ! Malgré tout, un seul conseil : plongez dans cet album tout comme dans ses anciennes compositions. Vous n’en ressortirez pas indemne, et c’est bien ça le plus important.

Rone – Tempelhof // InFiné
Rone – Bye Bye Macadam // InFiné
Rone – Fugu Kiss // InFiné
Rone – La Grande Ourse // InFiné
Rone – Beast // InFiné 
Rone – Let’s go (feat. High Preast) // Infiné
Rone – King of Batoofam // Infiné
Rone – Parade // Infiné
Rone – Icare // Infiné
Rone – Lili … Wood // Infiné

 

.Loarween & Uyuní. 

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