NILS FRAHMS : L’INSOUTENABLE LÉGÈRETÉ

23 avr 2015 | Categories: Chroniques | Posted by: Marianne

LA MUSIQUE

Pour Franz, c’est l’art qui se rapproche le plus de la beauté dionysiaque conçue comme ivresse. On peut difficilement s’étourdir avec un roman ou un tableau, mais on peut s’enivrer avec la Neuvième de Beethoven, et avec une chanson des Beatles. Franz ne fait pas de distinction entre la grande musique et la musique légère. Cette distinction lui parait bien hypocrite et vieux jeu.

Comme Franz dans L’insoutenable légèreté de l’être de Kundera, Nils Frahms refuse l’opposition stérile entre deux genres musicaux, et plus particulièrement, entre musique classique et musique électronique. Au contraire, il les fait se rencontrer.

Nils Frahms est avant tout reconnu en tant que pianiste virtuose. Il a été formé par Nahum Brodsky, un descendant direct de l’école Tchaïkovski. Bien que passionné par le piano classique, il préfère l’improvisation à la recherche de la perfection, l’imagination à la rigueur. L’allemand décide alors de se tourner vers une approche contemporaine du piano. Il casse les codes et s’approprie son instrument, en enregistrant ses improvisations, puis en remixant la matière sonore. Son album Spaces, sorti en 2013 sur le label Erased Tapes Records, est d’ailleurs composé d’enregistrements de ses performances live au piano, couplés à des samples sur synthé. Il en résulte une musique expérimentale, qui jongle entre acoustique et électronique.

Pour se rendre compte de son approche si singulière de la musique, il faut le voir en live. Il faut le voir  à l’ouverture du festival Dimensions l’été dernier, diffusée par Boiler Room. C’est d’ailleurs avec ce set que je l’ai vraiment découvert ! Et si je le devais résumer, je ne dirais qu’un mot : surprenant. Surprenant, déjà, par son contexte. S’agissant d’une Boiler, on s’attend à voir un DJ dans une salle intimiste, accompagné de ses quelques aficionados qui se trémoussent derrière lui. Au lieu de ça, on a Nils Frahms, l’air timide et impressionné, face à une foule silencieuse regroupée au milieu d’une arène en ruine. Le décor est posé.

Les lumières se tamisent; Nils entame son set avec une rythmique aérienne – on croirait entendre des battements d’aile. Il instaure un climat irréel, qui s’accentue lentement, jusqu’à ce qu’il joue ses premières notes au piano. Et là, le temps semble s’arrêter. On a envie de retenir sa respiration avec lui, tellement la mélodie est puissante. Lorsqu’elle atteint son apogée, il s’arrête presque soudainement, salue humblement le public, puis recommence son jeu de piano machinal.

En fait, ce qui est le plus poignant dans ce set, c’est la justesse avec laquelle s’alternent musique et silence. C’est comme si Nils Frahms nous mettait dans un état de rêve éveillé. Les sons se superposent, s’intensifient, et au moment où la musique commence à nous hypnotiser,  Nils nous ramène doucement à la réalité, en faisant émerger un silence. Là, réside tout son génie.

Nils Frahms, avant-gardiste par sa musique, mais aussi par ses projets. Il est à l’origine du Piano Day, jour de célébration du piano, qui a lieu le 88ème jour de l’année. Le premier hommage, qui a lieu cette année, n’ a pas eu beaucoup de retentissement, mais nul doute que ce projet va prendre de l’ampleur pour les années à venir.

Et au passage, son dernier album Solo, sorti à l’occasion du lancement du Piano Day, est en téléchargement gratuit sur le site http://www.pianoday.org/

Pour plus de plaisir, vous pouvez consulter son Soundcloud et son Facebook.

.Marianne.


N’hésitez pas à relire notre article sur Boiler Room.


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