INTERVIEW : THE ANALOGUE COPS (fr)

28 mai 2015 | Categories: Entrevues | Posted by: Simon

Originaires d’une petite ville en Italie, Padua, Lucretio & Marieu a.k.a the Analogue Cops résident désormais à Berlin. Fervents défenseurs du son analogique et du Vinyl Only, ils sont à la tête du label Restoration Records, résolument Techno, devenu un symbole de résistance au son digital dans la capitale allemande…


– English Version – 

MiXit : Salut Lucretio, commençons d’abord par une question traditionnelle : Peux-tu te présenter brièvement pour ceux qui ne te connaîtraient pas ?

The Analogue Cops : Je m’appelle Domenico, je viens de Cadoneghe (un petit village sur les bords de la Brenta) mais je vis à Berlin depuis presque 10 ans maintenant.

J’ai fondé en 2007 mon label, Restoration Records, avec Marieu. On est surtout connu tous les deux pour notre projet The Analogue Cops. On dirige également Appointment Records avec EMG & John Swing. J’ai mon propre label, Machin State Polymers, et Muscle Records avec Die Roh, Steve Murphy & Madi Grein, par lesquels on transmet le son de la Brenta.

On a beaucoup de projects annexes avec Marieu, notamment Third Side avec Steffi et Parassela avec Blawan. On dirige aussi tout un tas d’autres labels indés secrets et on a lancé Pic Nic Recordings avec Mister Mannella et Francesco de Vincenti (a.k.a Gasolio), qui est lié à au célèbre snack italien en face du Gorli Park.

MiXit : Parlons maintenant de ton projet principal, The Analogue Cops : Comment vous êtes-vous rencontrés Marieu et toi ? Quel a été le point de départ de votre collaboration ?

The AC : On est originaire du même village mais je viens du côté sud-est et lui du côté civilisé nord ouest. On se connait tous les deux depuis qu’on est ados. En fait, on avait beaucoup d’amis en commun mais on ne trainait pas ensemble jusqu’à ce qu’un de mes potes invite Marieu à passer une dizaine de jours en vacances à mon appartement à Barcelone, où je vivais. On est tout de suite devenu de très bons potes et il a fini par déménager également à Barcelone. A l’époque, je faisais déjà du djing et lui avait juste acheté ses premiers skeuds et une platine vinyle. Dès lors, on n’a pas arrêté de jouer ensemble, d’acheter des skeuds et d’aller clubber. Je suis ensuite parti vivre à Berlin. Un an après,  il m’a rejoint avec la ferme intention qu’on crée notre label.

MiXit : Est-ce que la musique était présente dans ta jeunesse ? Comment ça t’a influencé ?

The AC : Je crois que je devais avoir 13 ans quand j’ai acheté mon premier CD, c’était une compilation de Dance music mainstream qui comprenait des tracks des Prodigy, Datura, Outer Brothers etc. J’ai écouté ce genre de musique pendant un bon moment, et puis j’ai commencé à m’intéresser au Punk, grunge et au Thrash Metal : mes artistes préférés étaient les Sex Pistols et Pantera !

Plus sérieusement, j’ai commencé à écouter de la musique club quand j’avais 16 ans, et mes potes plus âgés m’emmenaient avec eux dans les clubs même si je n’étais pas vraiment autorisé à y aller à cause de mon âge. A cette époque, en Italie, il y avait une grosse scène Progressive.
Et puis quand j’ai commencé à travailler à La Scala à Padua, j’ai découvert la Techno et la House petit à petit. Ce qui a été vraiment un déclic, c’est quand mon pote Martino m’avait donné une cassette de Francesco Farfa qui jouait à l’Insomnia. Et puis il y a eu cette dubbed tape d’un mix de Tony Humpries au New York Bar à Milan, que j’ai littéralement saignée à blanc dans ma bagnole.

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MiXit : Avant de vous rencontrer, est-ce que vous produisiez de manière indépendante ? D’ailleurs, comment produisez-vous aujourd’hui tous les deux ? Quelle serait, selon toi, la principale différence de votre manière de produire ?

The AC : J’ai commencé à produire en 2005, après avoir été diplômé de la SAE à Barcelone. Quant à Marieu, il s’y est mis sérieusement quand il est arrivé à Berlin mais il avait déjà quelques synthés qu’il avait achetés petit à petit.

Je ne pourrais pas dire qu’il y  a vraiment une différence dans notre manière de produire. En somme, on utilise le même studio, celui de notre label Restoration. Alors bon, on utilise le même matériel.
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Amber EP (2011)

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MiXit : Originaires tous les deux d’Italie, vous avez vécu à Barcelone et vous résidez désormais à Berlin. Pourquoi ce choix ? Est-ce que la scène italienne n’était t-elle pas assez développée ou manquait de dynamisme pour rester dans votre pays natal ?

The AC : Quand on a déménagé à Barcelone au début des années 2000 il n’y avait pas vraiment de scène underground en Italie. Un de mes potes, Nando, avec The Shadow Sync, avaient essayé d’introduire la Techno chez moi, à Padua. On était des pionniers à cette époque à faire ça, mais les gens n’étaient pas prêts. Je me souviens par exemple d’une soirée où à peine 40 personnes s’étaient pointées pour voir Ricardo Villalobos. Il y avait quelques DJs comme Gabry Fasano et d’autres du Urban Mantra Crew qui essayaient d’introduire la Techno en Italie… mais au  final la scène dominante restait la Progressive mainstream de merde.

Concernant la House, il y a eu un gros pic dans les années 90 mais tout est parti en couille par l’avarice des promoteurs et de ces putains de dinosaures qui pensaient plus à faire du fric qu’à établir une scène. C’était pas la seule raison pour laquelle on a bougé, il faut aussi ajouter la dépression culturelle et la répression d’une classe politique post-fasciste qui a dominé l’Italie depuis que Mr B  (aka Silvio) est au pouvoir.

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MiXit : Quand vous êtes arrivés à Berlin, vous avez lancé rapidement votre label, Restoration Records. Pourquoi ce nom ?

The AC : Parce qu’on a pensé qu’il était temps de restaurer « les bonnes vieilles valeurs » de la production de la musique. J’entends par là qu’on a besoin de bien plus qu’un logiciel cracké pour devenir un producteur. Tu as besoin de compétences, de technique que tu apprends à maîtriser au fil du temps en pratiquant. Quand les logiciels sont devenus à la portée de tout le monde, le contrôle de la qualité de la musique n’a plus été vraiment possible…

En somme, on n’est pas contre l’utilisation de logiciels.. On est plutôt contre leur mauvaise utilisation.

MiXit : Vous promouvez le son analogique sur Restoration Records, vous vous targuez même d’être un label « Vinyl Only ». Pourquoi ce choix ? En quoi est-ce si important pour vous de défendre et préserver l’analogique ?

The AC : Tout simplement parce qu’on pense que le vinyle est le meilleur support d’enregistrement.

MiXit : Depuis quelques années, on assiste à un retour du vinyle. Pensez-vous que ça durera ? Ne serait-ce pas plutôt un effet de mode sur lequel beaucoup d’artistes se reposent ?

The AC : Soyons honnêtes, C’est devenu aujourd’hui tendance et à la mode de presser sa musique sur vinyle, mais la majeure partie de la musique qui sort sur le format vinyle est essentiellement CRAP.  Il y a beaucoup de gens qui ont de l’argent le font pour paraître « cool ». Les Majors ont trouvé un moyen de vendre leur vieux catalogue pour la quatrième fois (d’abord sur vinyle, ensuite sur CD, après en digital et puis retour final sur vinyle).

On doit conserver et continuer à sortir des releases parce qu’on aime le faire. je suis sûr que dans quelques années les Majors trouveront un nouveau format (comme cette merde de « stems » ?) et les gens qui feront ça en pensant que c’est tendance seront fatigués et trouveront un nouveau moyen d’être cool. Et si je peux rajouter quelque chose sur tout ce renouveau pour le vinyle c’est qu’au final la plupart des DJ aujourd’hui continuent de mixer seulement sur des clés USB. Ça craint vraiment…

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The last dungeon EP – dernier EP de Lucretio sorti cette année sur Machines State

MiXit : Est-ce qu’il y a vraiment une approche différente / une barrière entre le son analogique et digital. N’est-ce pas utopique ?

The AC : Pour faire simple, le numérique est froid et précis et l’analogique chaud et erratique. En ce moment il y a toute cette mode autour du modulaire mais la plupart des gens ne savent même pas quoi faire avec. Tu en vois qui s’achètent des 303 et des 808 pour plus de 2000 € et le prix des synthés vintage devient vraiment n’importe quoi.

Je pense que la meilleure chose à faire aujourd’hui est de lier l’analogique au digital, pour nous c’est le futur de l’électronique. On peut faire des choses avec le numérique qu’on ne peut pas faire avec l’analogique et vice-versa. Ce serait anachronique de faire du son uniquement avec de l’analogique en 2015.

MiXit : Etant à la tête du label RR, qu’est-ce qui te plait le plus ?

The AC : L’avantage ultime est que tu décides de « presque » tout, parce que les distributeurs ont quand même leur mot à dire.

Mais tu décides quelle musique et quand tu veux la sortir.. Bien sûr, tu prends des risques. Et puis, on a aussi créé notre propre structure de production pour avoir de l’espace sur le marché et se faire une place.
Big Family EP

Big Family EP

MiXit : Vous avez travaillé avec beaucoup d’artistes tels que Blawan ou Ryan Elliott sur plusieurs EPs (surtout pour le Big Family Ep, il y a 4 ans sur RR). Comment ça s’est passé ? Surtout en connaissant Jamie Roberts (Blawan) habitué à produire principalement sur Ableton et « computer linked music »

The AC : Eh bien ce n’est pas un mystère : quand Jamie s’est ramené dans notre studio, il est tout de suite tombé amoureux des machines !

MiXit : Quelles sont tes principales influences ?

The AC : Pour moi, le kiff suprême serait d’avoir une track de Horsepower Productions avec Beyoncé au chant, avec un remix de Jeff Mills sur l’autre face. :)

Plus sérieusement, les premiers noms qui me viennent à l’esprit en termes d’influence sont : Jeff Mills, Anthony Shakir, The Suburban Knight, Miles Davis, Underground Resistance, Theo Parrish, Cristian Vogel, Masters at Work, Horsepower Production, Maurizio, Mark Ernestus, El-B, Groove Chronicles, Zed Bias, Dj Shufflemaster, Vladislav Delay,Matthew Herbert, The Bitish Murder Boys, Heko Lauxx, Mj Cole, Todd Edwards, Stacy Kidd, Joey Negro, Blaze, Paul Johnson, Romanthony, Tony Humpries, Frankie Knuckles, The Prodigy, Butch Vig, Scott Storch, Jay Dilla, The Sex Pistols, Bad Religion, White Zombies, Charlie Parker, Dave Tarrida, Neil Landstrumm, John Coltrane, Tobias Schmidt, Robert Hood, Eddie Fowkles, Thomas Brinkmann, Dj Hell, Stevie Wonder.

Juste histoire d’en nommer quelques-uns. Mais ça peut te donner une idée !

MiXit : On arrive maintenant à la fin de l’interview. Peux-tu nous parler de tes projets futurs pour ton label et The AC ?

The AC : Personnellement, j’ai un remix qui sortira sur le premier release des JT Series de Mannella. Le mois prochain il y aura un single de Mannella & Marieu sur Pic Nic Recordings avec un remix de malade de Cristian Vogel, suivi quelques mois plus tard par une track que j’ai faite avec Francesco de Vincenti, qui comprend également un remix de Vladislav Delay.

Il y aura aussi un EP de Third Side sur Restoration en Septembre. Et on attend la sortie dans très peu de temps de notre prochain EP en tant qu’Analogue Cops sur Hypercolour qui va vous rendre dingue, j’en suis sûr !

On a plusieurs dates en Europe cet été et on fait un Live à la Lolita Room du Razzmatazz à Barcelone pendant le Sonar, le 19 Juin, à l’occasion du showcase Hypercolour qui s’annonce complètement fou !

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Merci Domenico !

Vous pouvez les suivre sur leur page Facebook et la page Soundcloud de leur label, Restoration Records.

.Simon & Charlie.

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