RENCONTRE AVEC SHLøMO

19 mai 2015 | Categories: Entrevues | Posted by: Marianne

Shlømo se construit une place de choix sur la scène électronique française, avec un sombre alliage de techno et d’electronica. Sa musique, teintée de sonorités métalliques, a quelque chose de très visuel : elle nous projette dans un paysage urbain et grisâtre. Le DJ nous plonge dans cet univers avec son EP Rechaïm, paru chez Bright Sound l’été dernier. Et son univers, si singulier, se déploie au sein du label Taapion Records, lancé en 2013 avec ses compères AWB et PVNV.

Taapion apparait comme le fer de lance du renouveau de la techno à Paris. Curieux d’en savoir plus, nous avons posé quelques questions à son fondateur. Au programme : retour sur ses débuts, sa manière de composer, et sa vision de la scène techno.

MiXiT : Salut Shlømo ! Pour commencer, peux-tu te présenter, pour ceux qui ne te connaissent pas (encore) ?

J’ai 27 ans, born and raised à Paris. Co-fondateur du label Taapion Records.

MiXit : D’où  vient ton nom de scène ?

C’est une référence à mes origines, tous mes amis m’appelaient comme ça… au moment de choisir mon nom d’artiste, c’est resté. Le ø définit un peu plus la vision nordique et froide de mon univers musical.

MiXit : Venons-en à tes débuts. Comment t’est venue l’envie de mixer ?

Bien avant le mix, il y a eu la production. C’est par ce chemin que j’ai commencé. J’ai acheté mes premiers synthés il y a 9/10 ans, en les chinant sur Ebay. À l’époque tout était beaucoup moins cher qu’aujourd’hui, le vintage ne coûtait rien. Mon premier achat Le Roland Juno 106 m’avait coûté 200 euros…! Je produisais de l’électronique, dans un style moins destiné au  club… rejoignant plus une forme de B.O. électronique de film, car j’ai toujours été passionné par les BO. Le mix est venu par la suite, il y a 5 ans, d’abord dans les clubs parisiens et aujourd’hui un peu partout en Europe.

MiXit : Tu produis une techno qui éveille les sens, et hypnotise les foules lors de tes sets. Est-ce la vocation première de ta musique ? Comment la définirais-tu ?

J’aime beaucoup travailler l’ambiance de mon morceau, arriver à faire voyager la personne qui danse ou l’écoute. J’essaie de créer une sorte de musique de film techno,  avec des kicks sub lourds et puissants tout en gardant une profondeur et une texture spatiale. J’oscille entre la production de musique electronica, destinée à une écoute chez soi, et des productions beaucoup plus techno  destinées aux clubs. Dans les deux cas, je cherche à transporter le public, à lui montrer ce que je vois à travers ma musique.

MiXit : Peux-tu justement nous expliquer cette dualité dans tes productions, cette volonté de produire à la fois de l’electronica et de la techno ? Y a-t-il un genre vers lequel tu te sens plus proche ?

Ce sont les deux styles musicaux, avec le classique, que j’écoute le plus. L’electronica est ce par quoi j’ai découvert la musique électronique, c’est quelque chose qui est marqué au fer rouge dans mon esprit. C’est la musique qui m’inspire le plus et me fait ressentir le plus d’émotions. Je vois plus la techno comme une sorte de défouloir. C’est mon coté physique alors que l’electronica définit mon coté mental. Et je ne me vois pas séparer le corps de l’esprit.

MiXit : Quelles sont tes principales influences musicales ?

Je me suis toujours senti proche de Boards of Canada & Aphex Twin, qui m’ont fait découvrir la musique électronique il y a 10 ans. Dans un registre plus techno mais tout aussi empreint d’émotion, je me suis senti très inspiré par le label Sandwell District (disparu aujourd’hui) ainsi que tous les artistes de ce label.

MiXit : Comment trouves-tu l’inspiration pour produire ?

Je suis un producteur addict. Il n’y a pas un jour où je n’allume pas mes machines et Ableton pour produire… Je dois avoir une trentaine de morceaux en cours ! Je ne me mets pas à produire seulement quand j’ai de l’inspiration, elle me vient assez naturellement après m’être assis devant mon ordi et ma boîte à rythme.

MiXit : Tu es le fondateur du tout jeune label Taapion Records, avec PVNV et AWB. Qu’est-ce-qui vous a poussé à créer ce label ? Est-ce-que le fait de collaborer avec différents artistes influence ton rapport à la musique ?

Nous avons décidé de monter ce label il y a presque 2 ans. AWB m’avait booké pour une date, et nous avions pas mal accroché. Quelques mois plus tard, il souhaitait me rebooker; et au fil d’une discussion, je lui propose de mettre en place un label afin de pouvoir faire nos propres productions. Je ne le connaissais pas beaucoup à l’époque, mais j’avais remarqué que nous  évoluions dans le même sens musicalement parlant. Depuis quelques mois déjà, j’avais l’idée de créer un label mais je ne voulais pas le monter avec un ami trop proche. Je souhaitais instaurer une relation amicale, mais avant tout professionnelle. J’ai tout suite proposé à AWB d’intégrer PVNV, que je connaissais par mon cercle d’amis à ce projet. On avait tous les trois pas mal de morceaux coincés dans nos studios et on souhaitait pouvoir les sortir sans aucune contrainte, ce que nous avons pu faire avec Taapion. Grace à ce label, nous avons fait pas mal de rencontres qui ont pu faire évoluer le projet et faire ce que qu’il est aujourd’hui. Mais je ne pense pas que ces collaborations à travers le label aient influencé mon rapport à la musique… il l’a peut être juste rendu plus professionnel qu’il ne l’était.

MiXit :  Sur Taapion Records, il se dégage une atmosphère minimaliste, tant au niveau des prods que de l’esthétique graphique. Est-ce l’orientation que tu souhaites donner au label ?

Taapion Records est vraiment un projet qui me tient à cœur. Nous avons tous les trois souhaité mélanger l’art visuel et sonore à travers ce label. Cela se retranscrit  par des handmades sleeves ou encore des vidéos pour certains tracks. Nous ne sommes pas un collectif, nous n’organisons pas de soirées, nous nous concentrons sur le fait de proposer aux gens une vision de notre univers, musical et graphique.

MiXit : Les premiers EP sortis sur Taapion sont des compilations sur lesquelles on peut entendre d’autres Djs qui animent la scène techno parisienne, tels que Birth of Frequency ou François X. Peux-tu nous parler un peu du concept de ces EPS ?

Nous avions décidé dès le début qu’une sortie sur deux serait un various artists mettant en avant la scène française, que nous trouvons très talentueuse. C’est une manière de créer une sorte de grosse écurie française comme peuvent avoir les suédois avec Northern Electronics, le label d’Abdulla Rashim.

MiXit : Comment se déroule la production de ces EPs ? Chacun laisse-t-il libre cours à son imagination, ou est-ce-que vous vous donnez un fil directeur à suivre ?

Nous connaissons chaque artiste personnellement donc il est plus facile de leur expliquer notre projet. La seule chose que nous leur disons c’est : « Décris nous ta vision de Taapion ». L’important c’est qu’ils arrivent à  retranscrire ce que le label leur inspire.

shlomo recordMiXit : Taapion Records n’édite que des vinyles – pourquoi ce choix ? Dirais-tu qu’il s’inscrit dans cette période de grand retour du vinyle ?

Pour nous, le vinyl only est avant tout mis en place pour garder cet esprit artistique. Le but étant de faire de chaque release un objet unique et physique. Encore une fois, nous ne voulons vraiment pas dissocier l’art musical et l’art visuel, véritable identité d’un label comme le nôtre.

MiXit : Le 29 mai prochain, tu joueras au Batofar, dans le cadre de la semaine « OFF » du Weather Festival. Le Weather semble représenter le renouveau de la scène électronique française. Je cite François X  pour les Inrocks, qui affirme qu’  « on vit un âge d’or de la techno et de la house». Partages-tu cette effervescence ?

Je suis tout a fait d’accord avec son analyse, encore plus à Paris qu’autre part. Bien sur il existait une scène techno avant, dans les 90’s, mais j’étais trop jeune pour participer à cela…A l’époque c’était beaucoup plus underground. Aujourd’hui, les réseaux sociaux aidant, la techno est revenue sur le devant de la scène musicale, avec son côté plus mainstream qui peut parfois déranger.

MiXit : Quels sont tes projets futurs ?

J’ai quelques sorties à venir en 2015, vous pourrez me retrouver sur Singular, le label de Marcelus, sur Wolfskuill, le label de Darko Esser, et bien sûr, sur mon propre label Taapion. Je prépare d’ailleurs mon premier album qui sortira en novembre prochain.

MiXit : Le mot de la fin ?

Ca ne sera pas un mot mais plutôt un son :

 

Vous pouvez le suivre sur sa page Facebook et son Soundcloud, et le voir en LIVE au Rex le 30 mai prochain.

.Marianne.

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