Interview : Hardrock Striker

17 déc 2013 | Categories: Entrevues | Posted by: Kukubengu

« SKYLAX 4 EVER », si Hardrock Striker nous le redit si souvent, c’est pour une bonne raison. Figure de proue de la scène underground parisienne, il a su créer et tenir une identité musicale autour de son nom et celui de sa créature, Skylax Records. Imprégné de  house et de new-wave suite à son voyage à Los Angeles, il décide de créer sa propre entité en 2004 et enchaîne les releases avec des pointures du genre, tout en produisant à côté des morceaux marqués d’une aura chaleureuse et old-school. Dj Sprinkles, Jason Grove ou encore Simoncino ont déjà laissé leur empreinte sur le label et on fait confiance à l’artiste à la panthère pour qu’il ne s’arrête pas en si bon chemin. Récit d’une rencontre avec le maître dans un café parisien.

 (Afin de vous mettre tranquillement dans l’ambiance, ci-dessous en exclusivité le set réalisé par Hardrock Striker pour le site marocain Lioumness)

MiXiT :   Pour commencer pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaîtraient pas ?

Denis Motto - Skylax Records

Denis Motto – Skylax Records

 

Bien sûr, alors je suis Hardrock Striker, boss du label Skylax Records, crée en 2004. Tout a commencé suite à un coup de tête en 2000, j’avais décidé de partir à Los Angeles afin de créer un groupe de rock. Résultat, j’ai rapidement commencé à fréquenter la scène house de LA et suite à ma rencontre avec Peter Black, nous décidons de créer notre propre label (Parisonic / Square Roots), affaire qui durera 3 ans. Au bout d’un moment, nous avons décidé de nous séparer (avec nos autres associés d’alors) et c’est alors que j’ai décidé de créer Skylax. Maintenant ça fait 13 ans que je sors des vinyles. Mon label a accouché d’environ une centaine de sorties vinyles depuis sa création. On s’est un peu essayé aux digital mais on a rapidement décidé de tout arrêter. Je préfère clairement tout sortir sur vinyle. Les vinyles sont un véritable souvenir du travail accompli. En terme de genre musical, Skylax a été à son début très Chicago House avec notamment la première release, signée par Marshall Jefferson, suivi par Denise Motto « imnxtc » puis Mr Fingers avec « Stars ». Depuis sa création le label a beaucoup évolué, que ce soit sur des sons plus « italos » ou deep-house et engendré beaucoup de sous-labels avec des styles bien marqués, par exemple Wax Classic pour la deep, plus new wave pour Stay Underground It Pays, Cosmic Club ect …. Après il n’y a aucune approche empirique en terme de sorties, ce n’est pas un plan d’invasion, mais simplement un constat qui s’est imposé à moi : que fais-tu  quand tu reçois une tonne de bonnes demos et que tu sais que tu ne peux pas sortir 10 vinyles dans une année sur un seul label car   aujourd’hui le marché ne peut pas absorber (ou très rarement) un tel volume sur une seule « marque » … Et bien conclusion, tu crées des sub – labels !

MiXiT :   Tu peux nous expliquer l’origine de ton nom de scène, Hardrock Striker?

Il remonte à 2000 et  son voyage à L.A., j’en avais fini avec ma période d’essai au boulot et je voulais créer un groupe de rock / hard-rock. C’est en voulant monter un shop de fringues vintage à L.A. avec un autre pote d’alors que je rencontre Peter Black qui venait aussi du rock (plus précisement synth-rock), L.A. était une des capitales de la new wave dans les 80’s. J’étais guitariste à la base mais je le voyais bosser sur son computer et je me disais « c’est quoi ce bordel ? » mais il avait au moins le mérite de faire de la musique donc je m’y suis laissé prendre. Suite à ma découverte de la scène house, l’idée du label était devenue une évidence et j’ai laissé de côté mon projet initial. Donc au final seul le mot « hardrock » est resté et je l’ai intégré à mon nom de scène.

Tous les artistes que je voulais, je les ai eus.

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MiXiT :    Du coup, rock compris, en tant que producteur quelles ont été tes influences musicales?

Comme je l’ai dit avant j’étais vraiment dans le rock au début, voir même le rock «garage » (genre Nuggets ect …). La musique électronique c’était des trucs du genre « Sing Hallelujah » (ndlr Dr Alban) et bien évidemment c’était pas trop ma came, c’était ce qui passait à l’époque et je pensais que c’était ça la musique « club », donc très peu pour moi ! Bien sûr début 2000, il y a avait eu la déferlante Moby, Daft Punk, Fatboy Slim, Bob Sinclar qui injectait des formats pop dans la musique électronique donc ça commençait à devenir plus intéressant, de même sur FG il y avait de très bonnes émissions à cette époque. Enfant, j’écoutais pas mal de David Bowie, Velvet Undergroung, Depeche Mode, New Order, du Shoegaze ect … des sons plus New-Wave. En France, on sentait plus les racines funks (surtout en banlieue) alors qu’à Los Angeles la racine New-Wave était très très présente dans la carrière de djs qui avaient grandis dans les 80’s (par exemple Doc Martin).

MiXiT :   Quelle matériel utilises-tu pour tes productions ?

Je travaille sur ordinateur avec Logic  et / ou alors avec ma jomox et un clavier (Juno 106). Avec ce genre de matos, tout est possible, tu peux créer des nouvelles sonorités à l’infini.

MiXiT :   Au-delà du matériel, qu’est ce qui t’inspire pour produire ?

Alors là, ça dépendra vraiment du « mood » du moment, j’écoute des artistes que j’apprécie et ensuite j’essaie de mettre de l’électronique dans les sons que j’apprécie.

MiXiT : Pour en revenir à ton label, quelles sont les sorties que tu as le plus appréciées ?

Alors là je vais peut-être te sembler arrogant mais je pense que tout est BON ! Tous les artistes ayant signé sur le label ont fait du bon boulot et j’en suis très fier. Après dans les projets qui sont à mes yeux les mieux articulés, on retrouve l’excellent « Hush Now » de DJ Sprinkles mais aussi « 313.4.EVER » de Jason Grove. On peut aussi citer les sorties de Simoncino avec les remixes de Chez Damier qui ont bien cartonnés. Après si c’est une question de coût et d‘opportunités, certaines sorties peuvent se démarquer par le succès qu’elles ont rencontré mais dans l’ensemble tout reste très bon.

MiXiT : Y a-t-il des artistes que tu rêverais de signer sur Skylax ?

Tous les artistes que j’ai voulus, je les ai eus. En effet, Skylax avait la chance d’être assez en avance sur son temps et de nombreux artistes étaient très accessibles et disponibles alors qu’aujourd’hui c’est un peu plus compliqué de les avoir. Tu ne récupères pas l’énergie sur le moment mais au bout du compte, in the end OUI.

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MiXiT : Que penses-tu du « renouveau » de la scène parisienne depuis 2 ans ? Il apparaît clairement que les musiques techno et house touchent un public bien plus large qu’avant dans la capitale.

Je pense qu’il y a 2-3 ans, les gens ont commencé à en avoir marre des line-up imposés. Les clubs proposaient toujours les mêmes musiques, sans grande originalité et ce n’était vraiment pas facile de trouver des endroits avec des musiques électroniques plus recherchées. Il y a aussi eu tout le trip musical autour d’Ed Banger qui est heureusement tombé à la trappe. Et puis fin 2011, on a eu le grand retour du vinyle, en concordance avec un retour au goût du jour de la scène underground. On peut aussi remercier les différents collectifs qui ont contribué à initier le renouveau des afters, de la vraie teuf en général. Pourquoi on avait un Berlin stylé et un Paris hype mais où on ne pouvait pas vraiment teufer ?

MiXiT : A l’image du nom d’un de tes labels : « Stay Underground, It Pays » peux-tu expliquer plus précisément la philosophie de ton label ?

Stay underground, avec le temps tout se retrouve. Quand les gens adhèrent à la musique, qu’ils peuvent vraiment la sentir, c’est ça qui me touche. Il faut savoir rester en dehors des modes et de ce qui se fait sur le moment pour rester fidèle à sa ligne musicale.

MiXiT : Ce qui concorde en partie avec l’ « esprit house ». A ce propos, y a-t- il selon toi une philosophie derrière la musique house en général ?

Je pense que ce qui prédomine principalement derrière l’esprit de la house, c’est l’ouverture d’esprit. En effet, les revendications gays se retrouvent en partie derrière celle de la house, et on peut ainsi dire que cette dimension « morale » vient d’eux. On peut peut-être aussi retrouver un certain esprit peace & love qui existait déjà dans les années 60-70. Enfin je pense aussi qu’il y a ce droit à faire la fête qui est beaucoup mis en avant, ce droit peut parfois relever de l’utopie mais étant donné que les labels plus que les clubs aujourd’hui se mettent à organiser des soirées en prônant ce droit, il y a une évolution dans le bon sens.

Il faut savoir rester en dehors des modes et de ce qui se fait sur le moment pour rester fidèle à sa ligne musicale.

MiXiT : Vu la philosophie de ton label, peut-on dire que tu revendiques des idées comme celles nées à Detroit avec Underground Resistance ?

Ne serait-ce pas un peu trop prétentieux de prétendre ça ? Après c’est vrai qu’on s’en fout de signer et on est loin de s’insérer dans la même logique commerciale que beaucoup de grosses maisons de production. Après il faut voir qu’aux Etats-Unis, ils ont eu tendance à avoir une approche plus frontale. Ils font les choses à bras le corps, il y a une mentalité très rentre-dedans qui règne là-bas, « Straight in your head » !

MiXiT : En tant que dj, quel est pour l’instant ton meilleur souvenir ?

Alors là c’est certainement ma s1481147_268070623340927_1862036607_nession berlinoise au Panorama Bar. Il y a une ambiance de dingue, j’avais l’impression au début que les gens allaient me noter mais j’étais vraiment chaud et la salle a explosé. Ils étaient tous devenus fous. Autre moment d’exception au Cookies à Berlin aussi pour la soirée de lancement de l’album de DJ Sprinkles sur SKYLAX « Routes Not Roots » C’était une soirée où je mixais avec Dj Sprinkles. Je me rappelle qu’il avait passé un morceau d’ambient et à ce moment-là la salle  a littéralement explosé. Je me souviens qu’on avait fait la même chose à Paris mais la foule n’a absolument pas réagi comme à Berlin ! C’était peut-être pas encore le moment pour passer ce genre de track au milieu d’un set.

Après c’est vrai que depuis la création de la Concrete, tout a explosé à Paris, des gens de la capitale sortent des vinyles qui forment le socle de la scène actuel. C’est un peu ce qui fait la scène qui fait la musique au final.

MiXiT : On va maintenant toucher un des autres aspects qui crée l’originalité de Skylax, son unviers visuel. Peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?

En effet, on a un univers qui se crée grâce aux vidéos qui accompagnent les morceaux  que tu peux trouver sur Youtube. Là, c’est grâce à des gens qui ont aimé le son produit chez Skylax et qui ont ensuite proposé de faire des vidéos accompagnant les musiques sorties sur le label. On retrouve toujours un certain esprit old-school dans les vidéos et ça colle bien à l’image de la musique. Et puis après tout les musiques ont toujours une histoire à raconter et les vidéos sont là pour les exprimer visuellement.

MiXiT : On arrive hélas déjà à la fin de l’interview, peux-tu nous dire quels sont tes projets pour les mois à venir ?

Alors on a bientôt un 12 inch Dj Sprinkles qui va sortir et ça va être une grosse bombe. Il y a aussi un Jason Grove qui est en suspens depuis 2 ans qui va peut-être bientôt pouvoir sortir.  On peut aussi citer Niko Marks de U.R. qui va nous sortir un gros must ou encore Octo Octa (Los Angeles), Kuba Sojka, Garage Shelter, Damien Zala, Lady Blacktronika, Concept E25, Carlos Nilmmns, Joey Kay, bref du très très très lourd !

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Un grand merci à Hardrock Striker pour cette interview !

.Kukubengu.

1 Comment

  1. Sébastien
    8 mai 2014

    Pour faire pointilleux (ou chi..t), le synthé analogique est un Juno 106 et non un June 106.

    Enfin, j’dis ça, j’dis rien :p

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