ENTREVUE AVEC QUENTIN SCHNEIDER

09 nov 2016 | Categories: Entrevues | Posted by: Victoria Conseil

Samedi 5 novembre. C’est à la terrasse d’un café nantais que nous avons rencontré Quentin Schneider. Musicien d’origine, il découvre les différentes facettes de la musique grâce à plusieurs années de solfège et d’instruments en tout genre. Bercé par la musique deep et jazzy de St Germain, c’est à travers les disques de ses parents que Quentin découvre peu à peu la musique électronique. Ce n’est que plus tard avec la rencontre de passionnés qu’il découvre la house, la techno, et tout l’univers artistique qui rayonne autour de cette musique. Un univers dont il fait partie aujourd’hui. Quentin est l’un des piliers de la musique électronique dans le Grand Ouest, il est à la tête du collectif Social Afterwork et FMR.

 Quentin Schneider

MiXiT : Salut Quentin ! Pour commencer, peux-tu te présenter, pour ceux qui ne te connaissent pas (encore) ?

Quentin : Salut ! Je m’appelle Quentin Schneider, j’ai 27 ans. Ça fait maintenant 6 ans que je fais de la musique électronique. Je suis originaire de Quimper et je suis venu à Nantes en 2011 pour mes études. En parallèle, j’ai monté plusieurs projets dont Social Afterwork, une association qui a pour but de promouvoir la culture électronique en Bretagne, puis à Nantes.

MiXiT : Qu’est-ce qui t’a amené vers la techno ? As-tu eu une formation musicale avant de t’intéresser à la musique électronique en général ?

Quentin : Mon père est un passionné de musique, il fait beaucoup de piano. Il voulait que je fasse de la musique, il m’a donc inscrit au solfège quand j’avais 8 ans. J’ai fait beaucoup de flute traversière, je me suis aussi essayé à la guitare, au piano et à la flute à bec forcément ! J’ai stoppé la musique quand j’étais adolescent mais je continuais tout de même à beaucoup en écouter – j’ai eu ma période skate entre temps. Lorsque je suis rentré en BTS, c’est vraiment là que je me suis mis à découvrir et à écouter de la techno. Avec mes amis, on allait dans un bar qui s’appelait l’AfterWork à Quimper. Le gérant du bar était un ancien de la techno et de la house des années 90. J’ai beaucoup aimé le style de musique qu’on trouvait dans son bar, j’ai d’ailleurs retrouvé certains morceaux que mes parents écoutaient. C’est vraiment ça qui m’a amené dans le truc : j’ai commencé à mixer, à organiser des soirées, etc. J’ai mixé dans des villages proches de Quimper, puis à Quimper. En 2011, je suis venu à Nantes. Il y avait des événements portés sur la musique électronique toutes les semaines, tous les weekends ! J’ai très rapidement été baigné dans le milieu, découvert pleins d’artistes, pleins de nouvelles scènes, etc. C’était génial !

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MiXiT : Tu as appris à mixer tout seul ?

Quentin : Oui, j’ai appris tout seul. A l’époque, il y avait les Fresharts, un collectif quimpérois qui organisait beaucoup de soirées et qui jouaient de la techno minimale. Je les voyais souvent en soirée, je regardais comment ça fonctionnait, ce qu’ils faisaient. C’est en regardant et en écoutant que j’ai commencé à apprendre. Je me suis ensuite acheté des platines CD puis des platines vinyles. Aujourd’hui, j’ai encore des platines vinyles et une collection de disques mais je les utilise pour mon plaisir personnel. J’ai aussi changé d’interface, au début j’étais sur CD, puis Traktor vinyle, et maintenant, je joue sur des platines avec des ports USB !

MiXiT : Comment t’est venue l’envie de produire de la musique ?

Quentin : J’ai envie de dire avec Simon (aka FEM) ! Je ne suis pas quelqu’un de très patient de base. Du coup, au début je produisais tout seul, mais j’en ai vite eu marre parce qu’il fallait y passer énormément de temps. Entre organiser des soirées, mes études, mes stages, je ne trouvais pas le temps nécessaire pour produire comme j’aurais voulu le faire. Je travaillais de nuit et j’avais mes cours le jour c’était compliqué à suivre.

FEM c’est son métier ! Il a décidé de consacrer tout son temps pour faire de la musique. Du coup, il a vraiment les compétences pour produire de la musique et il maitrise Ableton mieux que moi. C’est pour ça qu’on produit beaucoup de morceaux ensemble. La production c’est son truc, il est vraiment très bon là dedans… Il avait les compétences techniques et les automatismes que je n’avais pas, ses compétences couplées avec nos idées, ça a donné les morceaux qu’on a sortis. L’aspect organisation de soirée, c’est plutôt moi qui l’ai, on a chacun sa spécialité en quelques sortes et on se nourrit du savoir de l’autre constamment. C’est pour ça qu’on a commencé à produire tous les deux et qu’on continu sachant qu’aujourd’hui, je maitrise beaucoup mieux Ableton qu’auparavant et d’ailleurs, je monte actuellement mon propre studio.

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MiXiT : Nous avons remarqué que tu t’adaptais facilement à ton public lorsque tu mixais, tout en gardant ta propre signature musicale. Comment définirais-tu ton style, ta musique, en 1 ou 2 phrases ?

Quentin : Toujours avoir du groove, de la mélodie et euuuuuh … FEM dit que j’apporte cette touche « sexy » quand on joue en duo. Mais je ne suis pas certain de ce qu’il raconte.

Les deux combinés ça donne de l’osmose, une émotion se crée. Je pense que la musique, comme celle que je joue, est plutôt faite pour être dansée, sauf pour des exercices particuliers comme des podcasts qui ont plus une vocation à être écoutés. Ce n’est pas toujours facile d’envouter un public, ça va dépendre de beaucoup de choses : du lieu, de l’heure, du public… Je crois que d’une certaine manière je rends l’énergie du public à travers ma musique.

MiXiT : Quelles sont tes influences musicales ? Un artiste en particulier ?

Quentin : Stephan Bodzin sans hésiter ! On l’a d’ailleurs invité l’année dernière au 1988 Live Club à Rennes. Sa musique, justement, elle a ce coté « sexy » qui apporte des émotions. Son live est vraiment incroyable !  Sinon il y en a beaucoup d’autres… Il y a tellement d’artistes que je ne retiens pas trop les noms.

MiXiT : Tu es le président du collectif Social Afterwork et co-fondateur de FMR. Peux-tu nous parler de ces 2 projets ?

Quentin : L’idée de base de Social Afterwork était vraiment de dynamiser Quimper et sa région. Au début, on était 4 artistes : Simon Gacquière (aka FEM), Cabos San Lucas (aka La Foudre), Pierre Yves Le Quelennec (aka Djoh Dellinger) et moi même. Aujourd’hui, il ne reste plus que FEM et moi. La Foudre est aujourd’hui à Paris sur un autre projet qui s’appelle Garage Shelter sur la label Skylax et Djoh Dellinger est aussi parti à Paris. Il a signé sur le label Ritual Process.

Dans nos débuts, on organisait quelques soirées à Quimper. Puis on est arrivés à Nantes où habitait à l’époque Romain Villedieu et Edouard Luck (les membres du bureau de Social Afterwork), on a d’abord commencé par organiser des soirées au Colisée club car j’y ai fait mes stages de fin d’études, puis à l’Altercafé parce que j’étais directeur artistique là bas. Ça nous a beaucoup aidé à se faire connaître dans la région nantaise et ça nous a permis de faire avancer le projet encore plus loin. On a aussi organisé des soirées au 1988 Live Club à Rennes, au LC Club à Nantes avec des grosses têtes d’affiche : Alan Fitzpatrick, Josh Wink, Voiski, Gary Beck, Jonas Kopp, etc. On a vraiment invité beaucoup d’artistes, pas loin d’une centaine de noms différents je pense. En début d’année, on a fêté les 4 ans de Social Afterwork avec Paul Johnson au CO2 et Culoe de Song, Matrixxman et Ambivalent (entre autres) au 1988 Live Club à Rennes. Aujourd’hui, avec les métiers et les obligations de chacun des membres de l’association, on revoit les objectifs de l’association à la baisse pour travailler sur de nouveaux projets plus personnels.

De là est né FMR avec Thibaud Neveu-Monclair (aka Kalion). A l’époque Thibaud habitait à Paris pour ses études et il voulait absolument organiser des soirées et proposer sa vision de sa musique. Avec mon expertise, je savais qu’il fallait sortir des cadres classiques des bars et clubs, et qu’il nous fallait un lieu atypique pour organiser cet événement. Un lieu qui vaille vraiment la peine… Il a démarché beaucoup de lieux et a trouvé l’hippodrome de Pornichet. Voilà d’où est né le projet FMR, et l’événement phare de l’association : La Nuit FMR. La semaine prochaine, on organise le Club FMR à Nantes, car on ne voyait pas ne rien faire pendant cette année, mais on se focalise vraiment sur la Nuit FMR, et le retour des personnes qui étaient présentes ce soir là nous pousse aussi à aller dans ce sens.

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MiXiT : Qu’est-ce-qui t’as poussé à te lancer dans ces projets ambitieux ?

Quentin : Je travaille dans l’événementiel depuis quelques années. Si je suis venu faire mes études à Nantes c’était pour développer ce côté musical dans cette ville… Ça me permet d’apporter une pierre à l’édifice si je puis dire, d’apporter ma vision des soirées et de la musique. Aujourd’hui, j’organise un peu moins de soirées. Les choses évoluent, les envies aussi, je fais les choses différemment et plus intéressantes (à mon sens), comme ce qui se passe avec FMR. C’est un gros évènement dans l’année qui nous prend beaucoup de temps. En parallèle, nous organisons d’autres évènements plus petits avec des dates ponctuelles et dans des lieux qui nous parlent, sans avoir de résidence. Il peut très bien ne pas y avoir de soirée pendant 3, 4 voire 5 mois par exemple. Pour cette prochaine soirée Club FMR, l’agencement du lieu est vraiment pas mal, on va y apporter notre touche « FMR » et habiller le lieu avec notamment du mapping, du rajout de lumières, un système son de qualité (Funktion One & Nexo), etc.

MiXiT : Tu as joué avec de grands noms tels que Gary Beck, Jonas Kopp, Boris Brejcha et dernièrement Carl Craig. Est-ce-que le fait de collaborer avec différents artistes influence ton rapport à la musique ?

Quentin : Sur ces soirs là je m’adapte à ce qu’ils jouent. Si on joue avant il faut les mettre en valeur, c’est eux les invités, c’est eux les guests ! Il faut chauffer la salle mais il ne faut pas jouer des sons trop durs pour justement les mettre en valeur… C’est tout l’art du warm up, un exercice que j’aime particulièrement faire. Donc oui, ça a tendance à influencer ma façon de jouer sur le soir même.

Après, sur le long terme je ne crois pas que ça change ma façon de mixer. Evidemment, quand tu écoutes des mixes, tu t’imprègnes des façons de mixer de chacun. Après, je n’ai jamais essayé de refaire exactement ce qu’un mec a fait, c’est de toute façon impossible à faire car chacun a sa « touche » et ça ne m’intéresse pas. Je préfère jouer ma musique de la façon dont je la ressens.

À coté de l’aspect musical, jouer avec des têtes d’affiches m’a apporté de la notoriété c’est évident.

MiXiT : Tu as mixé sur les plus grandes scènes de l’ouest : Astropolis, Panorama et récemment au Rex à Paris. Quels ont été tes ressentis ?  

12509313_857873044310514_4060007740626497212_nQuentin : Beaucoup de stress… Tu te fais tous les scénarios du monde, tu t’imagines jouer tels ou tels morceaux, et en fait… Tout est différent de ce que tu as pu t’imaginer. Il y en a qui se sont très bien passés, d’autres moins bien. Mais dans l’ensemble j’en garde que des bons souvenirs, et ce sont ces expériences qui m’ont permis d’avancer. C’était mon premier REX le mois dernier pour la soirée PURE Dinosaures, FEM y avait déjà joué une fois il y a 2 ans avec Kevin Saunderson ! C’était vraiment super cool, il y avait une super ambiance jusqu’à la fin ! J’en garde un excellent souvenir.

MiXiT : Quelles sont tes prochaines dates ?

Quentin : Je mixe au Club FMR le 10 novembre à Nantes. Après, j’ai des dates un peu partout dans l’ouest de la France : Nantes, Brest, Angers, Quimper, etc. Et quelques autres dates qui doivent se confirmer…

MiXiT : Tu as des projets pour les mois à venir ?

Quentin : Oui beaucoup forcément. Mais en fait, j’ai toujours eu un métier en parallèle de la musique. J’ai été directeur artistique à l’Altercafé, j’ai ensuite été chargé de projet événementiel pour Paradise Prod. Mon contrat s’est terminé récemment, ma priorité est donc de trouver une nouvelle entreprise avec un chouette projet. La musique ne me permet pas de vivre, je n’ai pas envie de devenir intermittent du spectacle et être tributaire du nombre de dates que je dois faire, parce que ça évolue d’une année à l’autre, et peut-être que je ne jouerai plus d’ici 1 ou 2 ans… Qui sait ?! Je reste ouvert à toute proposition.

En parallèle, je reste toujours actif avec mes projets associatifs : FMR, Social Afterwork, et bien évidemment sur la production dans mon studio. Je viens d’acheter des nouvelles enceintes monitoring, je vais investir dans le dernier Macbook Pro et dans du matériel plus spécialisé qui complètera ce que j’ai déjà. Nous nous voyons régulièrement avec FEM pour travailler sur de nouveaux morceaux… Donc il va falloir s’attendre à nous revoir très bientôt, et on donnera plus d’infos dans les mois à venir.

Retrouvez le premier EP de FEM & Quentin Schneider, supporté notamment par Laurent Garnier, Joseph Capriati et Paco Osuna :

Retrouvez Quentin Schneider sur Facebook, Soundcloud, Instragram, Twitter et sur son site internet.

Ainsi que FEM et Kalion.

Victoria

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