Interview : Electric Rescue

30 mar 2013 | Categories: Entrevues | Posted by: Kukubengu

Antoine Husson, alias Electric Rescue, est une figure de la scène techno parisienne. Après avoir débuté dans les années 90 à travers le mouvement des raves party, il n’a jamais abandonné cet esprit libre et ouvert de la musique et s’est lancé dans de très nombreux projets. Créateur du label Skryptom, c’est un compositeur de talent, avec des sons techno-minimal envoûtants et mélodiques (Lili, Dope, The Pretty Killer pour n’en citer que quelques-uns), et de nombreux remixes à son actif.  Résident du célèbre Rex Club à Paris, il a enchaîné les collaborations avec les grands noms de la techno, comme Laurent Garnier, Stephan Bodzin, Popof et bien d’autres tout en révélant de jeunes talents dont les preuves ne sont plus à faire aujourd’hui (Juian Jeweil, Maxime Dangles, Traumer, …). Mais il est aussi un ardent défenseur de la rave et s’est attelé depuis quelques années à l’organisation des spectaculaires soirées PLAY.

C’est avec une grande gentillesse qu’Electric Rescue a accepté de répondre à nos questions.

MiXiT  : Bonjour Antoine, pour commencer, question traditionnelle : pourrais-tu te présenter en quelques lignes pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Skryptom - Skate Bird

Electric Rescue : Je suis Antoine, aujourd’hui mes projets phares sont Electric Rescue, le label Skryptom et ses soirées, les soirées PLAY et le développement de quelques artistes français comme Traumer, Maxime Dangles, Shekon, Commuter, the Welderz, Pierre Delort et Remy Maurin et Leghau. Avec mon projet Electric Rescue je me concentre sur des sorties sur les labels Bedrock, Soma, Cocoon, Flash et mon propre label Skryptom. Je joue en soirée Live ou Dj selon les endroits. Côté label, je pousse ma propre entité avec tous les artistes que je développe et des remixeurs internationaux. Skryptom a aujourd’hui 6 ans et nous accélérons maintenant le rythme des sorties tant les talents des artistes de l’équipe sont prolifiques. Côté soirée, nous avons une résidence pour Skryptom au Rex Club de manière bimestrielle et nous faisons vivre depuis 20 ans maintenant l’esprit RAVE avec notamment les soirées PLAY. Côté production je travaille seul mais sur la partie évènement je travaille avec ma femme Virginie depuis 17 ans.

MiXiT : D’abord sous le nom de D’Jedi puis celui d’Electric Rescue, qu’est ce qui t’a amené à te plonger dans le monde de la musique techno?  Y a-t-il eu une révélation soudaine ou est-ce le fruit d’influences successives ?

Electric Rescue : Hyper passionné de musique et surtout de musique électronique depuis 25 ans environ, j’ai toujours été attiré par la musique depuis ma toute petite enfance et j’ai donc vite eu envie de me plonger dans ce milieu musical, cela a commencé en 1990 par le djing qui s’est concrétisé par mes premiers mix en Rave en 1992. Cela a été le premier pas dans mon implication et mon activisme. Pas de réelle révélation hormis la Rave mais plus quelque chose qui a toujours été en moi et qui s’est construit dans le temps.

Je n’ai pour l’instant jamais retrouvé pareil état d’esprit que celui du festival Astropolis.

MiXiT  : Pourrais-tu nous décrire les étapes essentielles, les points-clés de ton parcours en tant qu’artiste, depuis tes débuts avec Laurent Garnier jusqu’à tes dernières sorties sur le label Traum ?

Electric Rescue : En fait je n’ai pas du tout commencé avec Laurent Garnier, on se connaît depuis 1993 mais j’ai commencé avant de le rencontrer et Laurent m’a sorti un disque en 2005 sur Fcom mais c’est tout. Par contre nous sommes assez proches et en échange permanent. Par contre Laurent a toujours montré la voie aux personnes passionnées par la techno dont je fais partie. Mes premières sorties sont arrivées avec la naissance de mon premier label Calme records en 1998. Je n’ai sorti des disques quasiment que sur mon label pendant 5 ans puis j’ai ensuite ouvert un peu plus le champ sur d’autres labels à l’étranger. Et effectivement la signature sur le label de Laurent en 2005 m’a permis d’installer un peu plus mon nom à l’international et de poser définitivement mon nouveau pseudo Electric Rescue et marquer une transition dans ma musique. A partir de là j’ai eu la chance de signer sur bon nombre de gros labels essentiels de manière assez régulière comme Cocoon, Sci+Tec, Bedrock, Boysnoize, Soma, Traum, …

MiXiT : Tu as été amené à mixer dans des clubs fameux: Trésor à Berlin, Air Club à Tokyo et j’en passe mais aussi à des festivals comme Astropolis ou encore des raves party. En tant que dj, quel endroit t’a le plus marqué ? Pourquoi ?

Electric Rescue : Le point culminant de tous ces évênements reste pour l’instant Astropolis, même s’il y a de jolies choses partout dans le monde comme une rave en plein milieu du désert israelien ou le Japon, le Brésil, le Canada …. Je n’ai pour l’instant jamais retrouvé égal état d’esprit que celui du festival Astropolis. Là bas, il y a quelque chose en plus, un truc, c’est Astropolis quoi.

Electric Rescue – Cocoon Records 063

 

MiXiT  : Quelles sont tes sources d’inspiration quand tu composes ? Que cherches-tu à transmettre à travers ta musique ?

Electric Rescue : Tout peut m’inspirer, une fête, un film, une situation de ma vie, bref n’importe quel événement de la vie peut m’inspirer. C’est incalculable et incontrôlable, çà vient c’est tout et tu sais pas pourquoi. Et puis il y a des jours où rien ne vient, t’es sec.

MiXiT : On te retrouve sur de prestigieux labels comme SCI-TEC, Cocoon, Boysnoize ou encore Bedrock, quelles expériences as-tu tirées de ces collaborations?

Electric Rescue : Hormis de la technique et de la motivation, ces signatures te permettent de gravir une marche supplémentaire à chaque fois, de pouvoir voir encore un peu plus loin pour pouvoir proposer d’encore plus beaux projets et tentatives dans le futur. Tu gagnes un peu plus la confiance du milieu pro et on écoute plus facilement ce que tu fais et du coup tu as de plus en plus de liberté. Mais en même temps, tu as aussi beaucoup plus de pression et on t’attend un peu plus au tournant. Mais il ne faut pas trop y penser et juste essayer de pousser les limites un peu plus loin et de ne pas trop se répéter, fouiller, explorer et avancer.

MiXiT : En ce qui concerne la vie nocturne française, penses-tu que depuis les années 90 et la grande époque des raves elle est aujourd’hui essentiellement concentrée dans les boîtes de nuit ? Qu’en est-il de la rave en France aujourd’hui ?

Electric Rescue : Elle était presque uniquement dans les clubs et festivals, mais depuis deux ans et surtout sur Paris il y a à nouveau une explosion des Raves et c’est génial. Pendant 10 ans on était quasiment seul sur Paris à proposer des fêtes de ce genre mais là çà revient vraiment et depuis quelques temps il y a presque des Raves tous les week ends sur Paris entre house et techno, je suis ravi.

MiXiT : Quelle différence fais-tu entre Rave party et Free party ?

Electric Rescue : Pour moi la Free party est l’antithèse de la Rave Party. Là où la Rave était la culture de la différence, le mélange des genres et des couleurs, la variation musicale, le sourire, le partage, la communion, la free party est une proposition monolithique musicale radicale, la prédominance de kaki me donne l’impression de voir une brigade du 204ème régiment d’artillerie massée devant des enceintes, le sentiment d’une préparation au combat, peu de communication et d’échange, juste le trip solo, avec peu de sourire. De plus, il y a un total manque de respect des propriétaires, de la nature et çà je ne peux pas l’admettre. Tout est possible en s’engageant vraiment dans une organisation légale, nous l’avons toujours fait avec PLAY, EL.UE et les précédentes (louer des lieux les décorer etc …). Alors oui il faut payer une entrée mais c’est normal quand c’est de la qualité. L’entrée d’une PLAY c’est 12 euros, une place de cinoche c’est 10 euros 😉 . Et cette gratuité a nui pendant des années à la qualité des évènements. Je ne parle pas sans savoir car j’ai participé aux première free parties au début et milieu des années 90 et cela à très vite tourné à çà et je me suis enfui pour ne suivre que des voies Rave colorées et originelles. Bref, cette vague free est passée et tant mieux.

MiXiT : Quand et pourquoi as-tu décidé de lancer les soirées Play ?

Electric Rescue : En fait j’ai organisé mes premières Rave en 1993 cela s’appelait Positive Hypnose, puis j’ai rencontré Chaotik Ramses (à l’époque l’exorciste) et on a organisé ensemble les soirées Mentasm en 1994 et 1995. Puis, à mon retour de l’armée (non pas de free party), avec un groupe d’amis nous avons lancé les soirées EL.UE (ELectric rescUE) nous étions un collectif et çà a duré 5 ans. Lors de ces soirées EL.UE la volonté était de proposer une Rave pas cher, de qualité pour proposer une alternative aux gros évènements technopportuniste de l’époque. Cela a vite pris de l’ampleur mais nous voulions garder une dimension humaine avec un public inférieur à 1000 personnes. En 2001, plusieurs personnes du collectif ont arrêté, soit pour partir vivre à  la Réunion, soit pour avoir des enfants, soit pour des raisons autres et du coup EL.UE s’est arrêté. Mais avec ma femme Virginie  nous avions envie de continuer et nous avons créé les soirées PLAY qui sont dans la continuité des soirées EL.UE, cela fait 12 ans maintenant.

Soirée PLAY - Paris

Soirée PLAY du 14 Juillet 2012 – Théâtre de la Villette

MiXiT : L’univers visuel qui leur est propre se rapproche beaucoup des artworks propres à Skryptom, coïncidence ? Pourquoi cet attrait pour les formes géométriques ?

Electric Rescue : Non, car au début le graphiste (Modske) est le même. Aujourd’hui Modske fait toujours Skryptom pour conserver son identité visuelle que nous adorons et nous avons proposé à mademoiselle 50DPI de prendre la suite de PLAY pour donner une nouvelle vision, un nouveau souffle graphique à PLAY. La techno a toujours été très lié au graphisme géométrique, architectural, hi-tech et design et cela nous plait beaucoup .

MiXiT : Actuellement il est courant de voir des débats endiablés sur le net sur le fait que tel artiste du monde de la musique électronique fait trop de communication, perd son côté underground, fait de la musique pour vendre, … Pour toi, est-ce réellement un problème pour l’authenticité de mouvements musicaux comme la techno ou la house ou bien est-ce un débat sans fondement véritable?

Electric Rescue : Les polémiques ne m’intéressent pas, elles sont pertes de temps, j’ai plein de choses bien plus intéressantes à faire, mais les outils de communication actuels sont très performants et je m’en sers pour diffuser mon travail. Point.

Depuis deux ans et surtout sur Paris il y a à nouveau une explosion des Raves et c’est génial !

MiXiT : Penses-tu que la techno est une musique porteuse de valeurs, de combats, d‘un idéal de vie, au même titre que le rock des années 60-70 et le fameux « peace & love » ou le hip-hop et son importante dimension de revendication sociale. Si oui, lesquels ?

Electric Rescue – Change of appearance EP

Electric Rescue : Il y a un parallèle entre le message peace and love du rock et la techno. Pendant les 90’s nous étions considérés comme les hippies des années 2000 et cela ne m’a jamais dérangé. Cependant la génération techno a beaucoup plus les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Mais elle sait aussi se bouger et proposer, je me sens très bien dans mon époque.

La techno véhicule le message de la Rave, les couleurs, la culture des différences, les couleurs, le partage, la modernité, et surtout le respect.

MiXiT : En dehors du monde de la musique électronique, quels artistes apprécies-tu le plus ?

Electric Rescue : La musique d’une manière générale, je suis un passionné de graphisme, d’architecture et de cinéma, mais là il faudrait une deuxième interview pour énumérer tout ça.

MiXiT : Nous arrivons au bout de cette interview, pourrais-tu nous dire quels sont tes projets pour les mois à venir ?

Electric Rescue : Beaucoup de chouettes sorties à venir avec notamment la sortie de mon nouvel album « Sonic Arhcitecture » sur Bedrock en Mai, précédé de la sortie du single extrait de l’album en avril « the rave child » (étonnant non ?) ensuite courant juin j’ai un soma qui arrive « back home » EP et enfin à la rentrée le Cocoon 100 « invisible activiste » et quelques autres remixes.

Des chouettes Skryptom de Pierre Delort et Remy Maurin, Traumer, Shekon, Maxime Dangles et Electric Rescue, …

Côté soirée le programme est bien chargé avec des points culminants, ma première au Berghain Panorama Bar en avril, Astropolis, Rex et PLAY bien sûr!

.Kukubengu.

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